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Oui, décidément, je vais lire Piketty !

Français, l'économiste Thomas Piketty vient d'écrire un ouvrage de près de 1000 pages, Le capital au XXIème siècle1, qui fait un tabac aux États-Unis sauf, semble-t-il, auprès des sectateurs du Financial Times. Ça faisait déjà plusieurs raisons d'y jeter un coup d’œil !

La saison militante, même si pour moi elle est surtout écrite, ne s'y prête guère, mais jen ai commencé la lecture. Et quoique n'ayant atteint ce matin que la page 65, j'ai maintenant plusieurs bonnes raisons de ne pas regretter mon acquisition. En voici trois :

La principale est sans doute que Piketty ne confine pas son étude dans un court terme porteur d'interprétations superficielles, comme tant d'essais "économiques". Selon les sujets, son analyse s'appuie sur les données de plusieurs décennies, (pour l'évolution des revenus) voire de plusieurs siècles (pour l'évolution des patrimoines), pour mettre au jour la dynamique profonde des évolutions..

La seconde, c'est qu'il ne confine pas non plus son étude à sa discipline, ce qui lui évite de tourner en rond dans son bocal théorique, comme tant d'économistes distingués ou d'autres spécialistes - encore ! - de "sciences sociales".

La troisième, c'est qu'il ne se confine pas non plus dans l'espace français, ou tant de "spécialistes" perdent de vue que le modèle "national" est souvent très différent dans son histoire et ses modalités de celui de la plupart des pays voisins (je pense notamment à la géo-démographie ou à la centralisation des transports).

Avant de continuer ma lecture - ou de faire autre chose - je vous propose le graphique original ci-dessus qui fait ressortir, grâce à des données qui couvrent plus d'un siècle pour trois pays d'Europe les énormes variations, dans le temps, du rapport entre la valeur globale des patrimoines privés et celle du revenu national. En 1900, en France, l'ensemble des patrimoines privés représentait plus de sept fois le revenu national de l'année. Elle n'en était plus qu'un peu plus du double en 1950 - effet probable des deux guerres mondiales - pour se rapprocher actuellement de six en mouvement ascendant.

Piketty suggère - avec beaucoup de précautions mais aussi beaucoup de références - qu'aux périodes de croissance de ce rapport et d'une faible croissance économique correspond une forte croissance des inégalités sociales, et qu'à une diminution de ce rapport et à une forte croissance économique correspond inversement une diminution des inégalités sociales. Ainsi, aujourd'hui, en période de faible croissance économique, la possession d'un patrimoine à rentabilité même réduite permet aux heureux possesseurs d'un patrimoine personnel substantiel d’améliorer encore leur prééminence sociale.

Bien sûr, je n'ai pas lu jusqu'ici dans le livre de Piketty les mots ou expressions :  Bretagne, découpage régional, centralisation des transports...

Mais je vous assure que je vois passer, de page en page, les mécanismes français de centralisation des revenus et d'accumulation du capital, pérennisés par la construction de barrières légales ou réglementaires (comme le découpage des régions) pour assurer la pérennité du système.

"Bretagne est univers", a écrit un jour Saint-Pol-Roux, poète breton d'origine marseillaise (toujours notre fameux repli identitaire, mon pauvre Jacques A.).

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Le capital au XXIème siècle, Thomas Piketty, Le Seuil, septembre 2013, 970 pages, 25 €.

Thomas Piketty, directeur d'études à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) et professeur à l'école d'économie de Paris, auteur de nombreux travaux historiques et économiques.

Thomas Piketty, directeur d'études à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) et professeur à l'école d'économie de Paris, auteur de nombreux travaux historiques et économiques.

Tag(s) : #Economie

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