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Les fractures territoriales éclairées par la nature des revenus déclarés.

Les fractures territoriales éclairées par la nature des revenus déclarés.

La carte des montants d'impôt sur le revenus acquittés par les foyers imposables, publiée hier sur ce blog, nous montre en particulier une Bretagne à cinq départements relativement homogène à côté d'un ouest intérieur également homogène dans la strate la plus basse des impôts payés.

L'homogénéité bretonne se fracture quand on passe du niveau global au niveau de la nature des revenus imposés, et notamment de la place respective des revenus d'activité (les traitements et salaires sur la carte d'aujourd'hui) et des revenus postérieurs à l'activité (pensions et retraites).

La Bretagne la plus continentale (en gros la Haute-Bretagne) se détache nettement par sa forte proportion de salariés actifs, et la Bretagne péninsulaire (en gros la Basse-Bretagne) par sa forte proportion de retraités.

Ce contraste, comme on peut le voir, n'est pas propre à la Bretagne. L’homogénéité de l'Ouest intérieur se fracture également, à un moindre degré toutefois, et les contrastes sont encore plus violents entre des départements à fort taux d'actifs salariés (région parisienne, Nord, Alsace-Moselle, Lyonnais-Savoie, Haute-Garonne) et les départements à très fort taux de retraités (Côte varoise et Haute-Provence, Pyrénées méditerranéennes et ariégeoises, et une grande partie du Sud-Ouest et du Massif central, Côtes charentaises et bretonnes...). On peut remarquer que ces régions sont des régions de vieille et longue émigration, avec souvent présence de la mer et/ou d'un climat agréable, et absence ou rareté de grands carrefours routiers et ferroviaires, de grandes villes et d'industries.

La Bretagne péninsulaire cumule la plupart de ces avantages/inconvénients. Les Côtes-d'Armor y sont le département le plus dense en déclarants retraités. C'est aussi le département dont l'urbanisation relative est la plus récente, où les plus grandes villes au début du 19ème siècle n'atteignaient pas 10 000 habitants, et logiquement le département le plus massivement touché par l'émigration. C'est dire que les causes de la fracture actuelle sont anciennes.

Les retraités bretons d'aujourd'hui ont commencé à travailler entre la fin de la guerre, pour les plus anciens et la fin des années Giscard (pour les plus récents, sortis d'une carrière dans l'Armée, la Marine ou certains secteurs nationalisés). Si l'on en juge par le très faible taux des retraités dans la région parisienne, beaucoup aussi ont dû y travailler avant de revenir (ou de venir) au pays.

C'est dire qu'à l'époque de leur départ, déjà, l'emploi salarié était limité, et la déprise rurale en cours, constat qui confirme celui de l'ancienneté, et oriente la réflexion sur les remèdes possibles, qui ne sont pas d'abord de freiner des transferts internes à la Bretagne, qui existent mais ne sont que des causes mineures de fracture.

C'est de notre capacité à réactiver nos communications intérieures et extérieures; en commençant par les majeurs libérés de l'oubli par la réunification et qui se prolongent en transversales extérieures vers la France et l'Europe du sud et du nord, générateurs de flux susceptibles. d'irriguer la Bretagne intérieure. D'autres priorités laisseront cette dernière, en même temps que la réunification, dans l'attente illusoire d'un salut venant de nouvelles accélérations de l'emprise francilienne. Une emprise qui s'exerce aussi, et peut-être d'abord, sur les esprits.

Tag(s) : #Inégalités

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