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Les facteurs et contextes qui favorisent ou défavorisent la croissance sont nombreux. En France, la centralisation joue à coup sûr un rôle de frein.

Les facteurs et contextes qui favorisent ou défavorisent la croissance sont nombreux. En France, la centralisation joue à coup sûr un rôle de frein.

Un système centralisé, public ou privé, quelle que soit sa taille, a tendance à générer un surcroît de bureaucratie, qui alourdit son fonctionnement, ralentit la prise de décision, mais aussi - pour une entreprise ou un groupe - la prise des commandes ou l’adaptation au marché.

Les pays ne sont pas à l'écart de ce type de dysfonctionnement, dont leur propre organisation peut entraîner l'apparition ou l'aggravation au niveau des activités notamment économiques.

Lorsqu'on compare la santé économique de la France et celle de l’Allemagne, on relève volontiers que l'économie de la France est plus dépendante du contexte extérieur, on souligne que le tissu industriel de l'Allemagne est moins dégradé que le tissu français, ou on relève comme par accident que l'économie française est sensiblement plus tertiarisée que l'allemande, c'est à dire repose davantage sur la production de services - ou de prestations assimilées - que sur la production de biens.

Dans divers articles traitant de la centralisation, notamment des transports, ou du Grand Paris, ou du produit intérieur brut de l'Île-de-France, j'ai fait observer que l'importance relative du PIB francilien dans l'Hexagone tenait au poids du secteur tertiaire, et notamment du secteur tertiaire financier ou de gestion (distributeur des dividendes et des très hauts salaires) dans l'économie de cette région, présumée être une locomotive de l'économie française alors qu'elle y joue - beaucoup trop en tout cas - un rôle parasitaire que le Grand Paris accentuera en privant la France d'investissements réellement productifs.

Que la forteresse de la centralisation (administrative, financière, politique, culturelle, de l’information...), qu'est l'Île-de-France soit en même temps une forteresse de la bureaucratie ne peut donc étonner. Mais il faut poursuivre le raisonnement : la bureaucratie française ainsi localisée - avec les revenus qu'elle s'attribue - non seulement usurpe la qualité de locomotive économique, mais alourdit le fonctionnement de toute la vie du pays, retarde la prise des décisions, décourage les commandes, fragilise les entreprises de production de biens reparties sur le territoire1.

On pourrait reprendre ici le débat sur le découpage régional, dans lequel le jacobinisme au pouvoir privilégie le parigotropisme des régions dessinées ou "fusionnées" autour des liaisons avec la capitale, quand il faudrait privilégier au contraire les découpages porteurs de projets transversaux, comme la Bretagne réunifiée.

Pendant que nos "réformateurs territoriaux" couvrent nos régions de panneaux en direction de Paris et des salons d'affaires de Roissy, les acheteurs chinois ou brésiliens atterrissent en Allemagne, et pas à Berlin, mais dans l'aéroport de province le plus proche de l'entreprise à laquelle ils vont passer commande...

 

(1) - A titre d'illustration, la croissance extravagante et catastrophique des aéroports de Paris, piliers des affaires franciliennes, repose pour une très grande part sur le bridage délibéré des capacités régionales de transport aérien et même ferroviaire (absence de grandes transversales). Les lobbies concernés soutiennent évidemment, plus ou moins discrètement mais efficacement, la pérennité de ce bridage.

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Je profite du thème de cet article pour recommander chaleureusement une nouvelle fois le livre de Guillaume Duval, rédacteur en chef d'Alternatives Économiques "Made in Germany, le modèle allemand au-delà des mythes". Seuil, 2013,  17€.

Tag(s) : #Economie, #Centralisation

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