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Extrait du premier éditorial d'Ouest-France (7 août 1944).

Extrait du premier éditorial d'Ouest-France (7 août 1944).

Je ne me rappelle pas du 7 août 1944, date de la parution du n°1 d'Ouest-France.

Le Croisic n'était pas encore libre. Ma commune natale ne le serait en effet que 9 mois plus tard, le 11 mai 1945, comme toute la Poche de Saint-Nazaire.

Mais surtout, je n'avais ce jour-là qu'un peu plus de dix mois !

Cette double circonstance fait que je n'ai pas non plus eu d'écho par mes parents ou grands-parents de la première parution du quotidien successeur de l'Ouest-Éclair.

De l'immense soulagement et de la joie de la Libération, lorsqu'elle est advenue, et déjà lorsque le Débarquement et les rapides avancées qui l'ont suivi l'ont annoncée, j'ai en revanche entendu ou lu mille témoignages, dont je retrouve la tonalité dans les textes de l'époque "republiés" jeudi par Ouest-France.

Mais, malgré tout, c'est d'un œil neuf que j'ai parcouru l'éditorial "Enfin libres !" paru en première page le 7 août 1944, sous la photo du Général de Gaulle.

Et, tout en faisant naturellement la part des circonstances exceptionnelles de l'époque et de l'émotion qui les accompagnait, je ne m'explique pas bien la place, dans cet édito, d'une phrase comme celle-ci : "Car les Bretons sont Français, Français avant tout, malgré les sophismes d'une clique d'arrivistes et d'imposteurs à qui l'armée allemande a servi de sage-femme, de marraine et de nourrice", ou de la suivante, qui cite trois Bretons célèbres pour les déclarer aussitôt aussi Français que Jean Bart, Pasteur ou Lamartine...

Que ce discours ait paru nécessaire aux nouveaux dirigeants du quotidien rennais me pose question.

Est-ce la Bretagne - les pêcheurs de l'Île de Sein ? - qui a déposé ses armes devant l'ennemi en lui livrant son territoire et son armée, ou un Maréchal de France habillé de sa gloire usée et investi par un résidu de Parlement aux abois ?

Est-ce une administration bretonne responsable devant nos élus qui a pratiqué chez nous une collaboration condamnable, ou - dans la France entière - une administration française aussi jacobine que jamais, qui s'y est employée sans même se demander si elle n'était pas en train de servir les ennemis de la République.

Dans les formulations citées, s'appuyant sur des dérives dépourvues du moindre mandat public, le premier numéro d'Ouest-France me semble bien avoir battu la coulpe de la collaboration institutionnelle française - et de son adhésion à peine camouflée aux idéaux fascistes - sur la poitrine d'une poignée de Bretons égarés. C'est tellement plus facile comme ça !

Ce que les républicains bretons peuvent attendre aujourd'hui, me semble-t-il, d'un quotidien comme Ouest-France, n'est-ce pas plutôt une analyse digne d'un grand journal sur la situation de la Bretagne en France depuis ...la première guerre mondiale qui fait aussi l'actualité, et l'attitude de notre presse régionale à cet égard ? Par exemple :

Ouest-France ne s'est-il pas trop contenté "d'accompagner" le long déclin d'une langue bretonne privée de droits publics1 ? A-t-il vraiment "joué son rôle" face aux atteintes portées depuis ...1941 à l'intégrité territoriale de la Bretagne et à l'information de tous les Bretons sur l'ensemble de la Bretagne ?

Est-ce conforme à l'idée qu'il se fait de la justice et de la liberté ? (sa devise en première page !).

Soixante-dix ans après la parution du n° 1 d'Ouest-France, n'est-il pas temps pour ses dirigeants d'admettre que les colères bretonnes doivent infiniment moins à l'armée allemande (!) qu'aux raideurs anachroniques ou intéressées d'une France jacobine en crise d'identité depuis sa naissance, et qui s'accroche à la gloire passée de Paris ...et aux intérêts - financiers ou de carrière - qui en découlent pour beaucoup ?

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(1) - Le nombre des Bretons parlant le breton a été divisé par six pendant le siècle écoulé. Et le pourcentage de ceux qui ont plus de 30 ans à vivre n'est pas le même qu'en 1914... Rappelons à ce propos - entre autres initiatives - la vaste pétition "pour le droit des langues et la liberté des peuples" lancée en 1919 par l'Union régionaliste bretonne, signée par le Maréchal Foch, de nombreux parlementaires et autres élus, les évêques bretons et des centaines de personnalités, présentée à la Conférence de la paix et laissée sans suite par la France.

Tag(s) : #Politique, #Langues

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