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La politique économique française ? Une forte tendance à traire les vaches maigres...

Quand les mamelles sont vides, il est vain de brancher la trayeuse plus longtemps. Le risque est l’inflammation des pis. Ou pis...

Mais alors que le lait peine à couler depuis un moment, les autorités économiques françaises, elles, demandent à la pauvre bête de leur faire confiance. Elles croient avoir trouvé le moyen d'augmenter la puissance de traite...

Un signe ne trompe pas. Jusqu'ici robuste en France, le secteur du commerce donne des signes de fatigue. La distribution réduit ses marges, serre un peu plus le cou de ses fournisseurs, tente même des baisse de prix (-2,4 % en deux ans sur les produits d'hygiène et d'entretien), et s'attarde avec insistance sur le coût du travail. Depuis deux trimestres, pour la première fois, le nombre des emplois y a baissé. De grandes enseignes sont touchées par des restructurations.

Ce ne sont pas les symptômes d'un excès de dépenses de consommation. Au contraire.

Pourtant, la France continue de consentir des baisses de charge à ses entreprises (surtout à leurs actionnaires, faute de sélectivité) : - 14 milliards en deux ans pour le seul impôt sur les sociétés, comme si le problème était celui de l'insuffisance de l'offre de biens face à une demande croissante. Résultat : les recettes fiscales diminuent. Pour les reconstituer, on augmente la TVA, ce qui fait plus qu'anéantir la baisse de l'impôt sur le revenu pour les particuliers (suppression de la première tranche d'imposition), à moins que les recettes supplémentaires attendues de la TVA fondent comme neige au soleil en raison du tassement des achats.

La baisse de l’activité du secteur commercial se répercutant en amont sur celui de la production des biens, l'emploi y trouve un surcroît de fragilité dont l'équilibre des comptes sociaux n'a pas non plus vraiment besoin. Nos génies de la finance trouvent alors que, décidément, les salariés français coûtent trop cher, au chômage comme en activité.

Ça tombe bien, les négociations transatlantiques cherchent précisément à libérer les échanges internationaux de ces contraintes qui compliquent la recherche tous azimuts du profit.

Alors c'est la débandade ? Tout est perdu ?

Pas pour tout le monde !

Le Monde et son supplément économique du 28 octobre s'étendent complaisamment sur les investissements relatifs au Grand Paris des transports. On apprend au passage que le financement de cette partie du projet Grand Paris, évalué initialement à 25 milliards d'euros sera vraisemblablement en réalité trois fois supérieur, soit autour de 75 milliards d'euros.
Comparez ces chiffres avec les "petits milliards" évoqués plus haut, ou avec les "petits milliards" de diminution des dotations de l'État aux collectivités locales (ce qui les gêne pourtant bigrement et les empêche d'investir localement en consolidant l'emploi).

C'est donc certainement à plus de 100 milliards d'euros que reviendra globalement aux contribuables et aux consommateurs français (qui contribuent énormément aux recettes franciliennes) le financement de travaux dont le principal résultat va être de développer et pérenniser la rente de situation francilienne et la dépendance des régions qui, elles, sont privées d'un réseau de transports interrégional digne de ce nom et des services correspondants.

Certes, ces investissements de plus de 100 milliards d'euros vont s'étaler sur 15 ou 20 ans mais, même vus ainsi, leur poids relatif reste énorme. Et leur effet majeur est beaucoup moins lié au montant direct des investissements qu'à leur effet à long terme dans le paysage économique et social. C'est pour un siècle au moins que la centralisation est relancée et les chances d'une France plus multipolaire réduites à néant.

Le Monde rabâche l'argument justificatif d'une contribution de l'Île-de-France de l'ordre de 30 % au PIB français, et tait comme d'habitude que ces 30 % sont directement liés à l'importance des dividendes et des très hauts salaires dans le revenu de cette région. La question, très liée aux effets de la centralisation française, est pourtant capitale. En caricaturant à peine, on peut dire en effet que les principaux facteurs de contribution de Paris au PIB français sont ...la détention de capitaux et les facilités à postuler aux fonctions privées et publiques les mieux rémunérées1...

Faire un Grand Paris de 100 milliards pour ne rien changer à cela n'est sûrement pas l'emploi le plus prometteur des ressources françaises !

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(1) - On trouvera ici, dans le même esprit, un bon article de Mondes sociaux, magazine des sciences humaines et sociales toulousaines.

Tag(s) : #Economie, #Centralisation

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