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Carte extraite de l'Atlas des minorités en Europe, publié en 2006 sous la direction d'Yves Plasseraud (consultant juridique international et enseignant à la Faculté d'Histoire de l'université de Vilnius), et illustrant un article de M. Paul Dirkx, enseignant-chercheur à l'université de Lorraine et lui-même auteur de "La Concurrence ethnique. La Belgique. L'Europe et le néo-libéralisme" (2012, Editions du Croquant).

Carte extraite de l'Atlas des minorités en Europe, publié en 2006 sous la direction d'Yves Plasseraud (consultant juridique international et enseignant à la Faculté d'Histoire de l'université de Vilnius), et illustrant un article de M. Paul Dirkx, enseignant-chercheur à l'université de Lorraine et lui-même auteur de "La Concurrence ethnique. La Belgique. L'Europe et le néo-libéralisme" (2012, Editions du Croquant).

Le Monde Diplomatique n'a pas habitué ses lecteurs à une réflexion approfondie, et encore moins suivie, sur l'organisation infra-nationale de l'Europe et les questions qui s'y posent sur les plans de la reconnaissances des peuples, de la démocratie, du sort des langues et cultures, de la délimitation de territoires, des rapports économiques avec leur environnement, etc.

L'article "États en miettes dans l'Europe des régions", qui vient de paraître sur deux pleines pages dans l'édition de novembre 2014 sous la signature de Paul Dirkx (photo en bas d'article), a au moins le mérite de rompre avec ce quasi-silence, d'où sourdait la vague impression que ces questions, franchement, n'étaient pas du niveau du grand journal en question.

L'illustration de l'article par une carte publiée sous la direction d'Yves Plasseraud pour l'ALE1 ajoute à l'impression initiale d'ouverture inédite.

Lecture faite, on en revient hélas à un sentiment assez gênant de blocage. Comme - j'imagine - un enseignant à la lecture d'un devoir dont une partie a été convenablement approfondie - même si on n'en approuve que partiellement le contenu - et le reste poussé sous le tapis.

L'angle d'attaque y est peut-être pour beaucoup. Il est bien résumé par le pré-titre : "Comment la machine bruxelloise et les séparatismes s'alimentent mutuellement ?", qui marginalise d'entrée de jeu beaucoup des problématiques citées dans le premier alinéa ci-dessus et implique, à la lecture, une certaine confusion entre séparatisme, autonomisme, régionalisme.

Des précautions de langage introduites dans le "chapeau" ne suffisent pas à dégager l'approche générale de ce parti-pris. Ainsi :

"En défendant des identités aux contours toujours plus étriqués, certains mouvements régionalistes favorisent la destruction d'espaces de solidarité établis"

On comprend vite que les espaces de solidarités menacés sont les États-nations existants, ce qui mériterait au moins d'être nuancé quand, par exemple, l'espace de solidarité français tolère un écart de revenu brut moyen par tête de 94 % entre l'Île-de-France et le reste du territoire, ...et qu'il entreprend de pérenniser et de renforcer cet écart grâce aux projets pharaoniques du Grand Paris. Mais non, Dirkx préfère insister sur les régions riches en quête d'une plus grande autonomie ou d'indépendance, en négligeant au passage d'autres facteurs poussant dans le même sens, richesse ou pas, comme les originalités culturelles assez généralement visées par des mesures discriminatoires, ou les atteintes à l'intégrité territoriale des peuples concernés. Dans ses principes au moins, l'ONU défend plus clairement les droits des peuples autochtones ou minoritaires que l'Union Européenne !

Que la Bretagne, une fois rappelés Yann Fouéré et son "Europe aux cent drapeaux" ainsi que - quelle surprise ! - les ultimes dérives de certains nationalistes au début des années 40, ne soit plus guère évoquée ensuite, n'étonne donc pas. L'idée que le désir d'autonomie puisse coexister avec une vraie solidarité - et même la renforcer - a manifestement du mal à s'accommoder des "contours étriqués" dans lesquels, après un certain nombre d'autres, Dirkx tend à enfermer les combats autonomistes.

Mais, même pour cela, il n'est pas inintéressant de prendre connaissance de cet article, ne serait-ce que pour mesurer l'épaisseur de certaines barrières idéologiques élevées contre l'aspiration de tous les humains - minoritaires ou pas dans leur État - au plein épanouissement.

____________________

(1) - Alliance libre européenne (ALE) : regroupement politique, au niveau de l'Union européenne, de partis - dont l'UDB - se réclamant d'une démarche autonomiste et de valeurs démocratiques communes.

Paul Dirkx, enseignant-chercheur à l'université de Lorraine, auteur de "La concurrence ethnique. La Belgique, l'Europe et le libéralisme.

Paul Dirkx, enseignant-chercheur à l'université de Lorraine, auteur de "La concurrence ethnique. La Belgique, l'Europe et le libéralisme.

Tag(s) : #Politique, #Europe, #Discriminations

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