Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Philosophe et mathématicien (statistiques et probabilités), Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet, arrivé en politique dans le sillage de son ami Turgot, a soutenu ou inspiré les réformes voulues par ce dernier. La Révolution le trouve parmi les Girondins, ce qui lui coûta sans doute  la vie.

Philosophe et mathématicien (statistiques et probabilités), Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet, arrivé en politique dans le sillage de son ami Turgot, a soutenu ou inspiré les réformes voulues par ce dernier. La Révolution le trouve parmi les Girondins, ce qui lui coûta sans doute la vie.

Philosophe et scientifique, le grand Condorcet - Girondin arrêté en 1794 et trouvé mort deux jours plus tard dans sa cellule - fait partie de ces "Lumières" qui ont préparé les esprits à la Révolution. Il soutient les droits des minorités, notamment des noirs, des juifs et des femmes. Qui le sait ?

Il s'est pourtant laissé aller à décrire Paris comme, en France, le lieu unique où règnent suffisamment les Lumières pour libérer les députés des bornes de leurs origines provinciales. C'est déjà osé, en 1789, l'année où la Déclaration des droits de l'homme proclame que tous les hommes naissent libres et égaux en droits. Mais l'idée, probablement nourrie chez lui par des considération sociologiques, a inspiré ou précédé des dérapages beaucoup plus clairement racistes.

En voici quelques -uns :

Le 30 août 1793, le commissaire des guerres, Marc Antoine Julien, chargé de la répression du fédéralisme à Marseille, s'adresse ainsi à l'Assemblée nationale :

"Le peuple est bon. Là comme partout. Seulement, par suite de l'influence du climat - il est plus chaud qu'ailleurs, et cette chaleur, bien dirigée, peut servir utilement la liberté-. Elle peut aussi, par un effet contraire, tourner au profit de ses ennemis. Marseille en est la preuve. Cette ville si ardente autrefois pour la révolution est maintenant l'instrument aveugle des contre-révolutionnaires. Il peut en être de même de chaque ville du Midi."

Dans un rapport du 13 novembre 1793, Prieur de la Marne, représentant en mission, écrit à propos des Bretons :

"Ils ont toutes les dispositions nécessaires à la liberté, mais ils parlent un langage qui est aussi éloigné du nôtre que l'allemand ou l'anglais : ils n'ont aucune espèce d'instruction et sont par là livrés aux prêtres fanatiques... En général, les villes sont patriotes, mais les campagnes sont à cent lieues de la Révolution et tout, jusqu'à leur maintien, leur costume et surtout leur langage, annonce assez qu'il faudra de grands efforts pour les mettre à la hauteur".

Ce que reprenait Barère devant la Convention, le 27 janvier 1794, étalant au passage la faiblesse de son information sur l'étendue de l'aire linguistique du breton à cette époque :

"L'idiome appelé bas-breton, l'idiome basque, les langues allemande et italienne ont perpétué le règne du fanatisme et de la superstition (...) empêché la révolution de pénétrer dans neuf départements importants, et peuvent favoriser les ennemis de la France. Je commence par le bas-breton. Il est parlé exclusivement dans la presque totalité des départements du Morbihan, du Finistère, des Côtes-du-Nord, d'Ille-et-Vilaine et dans une grande partie de la Loire-Inférieure. (...) L'éducation publique ne peut s'y établir, la régénération nationale y est impossible. C'est un fédéralisme indestructible que celui qui est fondé sur le défaut de communication des pensées (...). Les conséquences de cet idiome, trop longtemps perpétué et trop généralement parlé dans cinq départements de l'Ouest, sont si sensibles que les paysans (au rapport des gens qui y ont été envoyés) confondent le mot loi et celui de religion."

Ces citations sont extraites de la brochure - dont j'ai déjà parlé - de l'historien allemand Wolfgang Geiger, "Paris accapareur, pour une déparisianisation de la Révolution française". Il y en a bien d'autres tout aussi instructives, et j'espère vraiment que cette brochure est toujours disponible, ou sera rééditée.

Mais ce que nous devons bien comprendre, c'est que ces jugements sur la province "différente" et "hostile aux idées nouvelles" sont certes dus à une information très déficiente sur les particularités incriminées, mais aussi et probablement surtout, compte tenu de la date à laquelle ils ont été émis, à une volonté délibérée de construire une France accessible au langage et aux instructions de ses élites franciliennes comme elle devait être accessible géographiquement plus tard grâce à la centralisation du train, des routes ou autoroutes et du trafic aérien.

L'unité nationale, pour les Jacobins d'alors comme pour ceux d'aujourd'hui, c'est l'adhésion à une France organisée autour de Paris, qui conforte et respecte sa prééminence politique, économique, financière, ...et la fortune de celles et ceux qui résident à cheval sur le périphérique ouest et dont les trésoriers de quelques partis connaissent bien l'adressse.

Condorcet - qu'on lui pardonne l'écart cité en début d'article - n'était pas vraiment d'accord avec cette vision des choses.

Et si le douzième couplet de La Carmagnole, qui célébrait les Marseillais et les Bretons, a disparu en 1793 de ce chant révolutionnaire, la lecture du présent article permet évidemment de comprendre pourquoi ! La "révolte fédéraliste" (lire : le coup d'État jacobin) devait changer la lecture des événements, même récents...

Ceux qui, à l'occasion notamment des débats et des votes de 2014 sur la "réforme territoriale" , ont évoqué les "risques pour l'unité nationale" de la reconnaissance territoriale de l'Alsace et de la Bretagne sont tout à fait dans la lignée de ces propos racistes ...fût-ce de mauvaise foi.

Bertrand Barère, un des plus fameux orateurs de la Révolution, dont il nourrit copieusement la mythologie. Voir le lien : http://www.contreculture.org/AG%20Bar%E8re.html.

Bertrand Barère, un des plus fameux orateurs de la Révolution, dont il nourrit copieusement la mythologie. Voir le lien : http://www.contreculture.org/AG%20Bar%E8re.html.

Cette circulaire établit qu'en 1792, le bilinguisme breton-français n'était pas une incongruité pour les autorités mises en place par la Révolution.

Cette circulaire établit qu'en 1792, le bilinguisme breton-français n'était pas une incongruité pour les autorités mises en place par la Révolution.

Le 2  thermidor de l'an II (20 juillet 1794), un an après le coup d'État jacobin, la langue bretonne - comme les autres langues "minoritaires" -était bannie de l'usage public.Il est notable qu'elle soit directement inspirée de l'ordonnance royale de Villers-Cotterêts, signé en août 1539 par François 1er, partiellement reproduit ci-dessous (voir notamment la dernière ligne visible).

Le 2 thermidor de l'an II (20 juillet 1794), un an après le coup d'État jacobin, la langue bretonne - comme les autres langues "minoritaires" -était bannie de l'usage public.Il est notable qu'elle soit directement inspirée de l'ordonnance royale de Villers-Cotterêts, signé en août 1539 par François 1er, partiellement reproduit ci-dessous (voir notamment la dernière ligne visible).

Extrait de l'ordonnance de Villers-Cotterêts imposant l'usage du français dans les textes publics et actes soumis à l'enregistrement. L'ordonnance deVillers-Cotterêts revient ainsi sur les dispositions des édits de 1490 (Charles VIII) et 1510 (Louis XII), qui imposait, la première que la langue maternelle -et non le latin - soit utilisée lors des interrogatoires et dans les procès verbaux, la seconde que la langue du peuple - et non le latin - soit la langue utilisée dans tous les actes de justice. Les deux époux successifs d'Anne de Bretagne (simple clin d'oeil) consacraient ainsi la co-officialité de toutes les langues de France.

Extrait de l'ordonnance de Villers-Cotterêts imposant l'usage du français dans les textes publics et actes soumis à l'enregistrement. L'ordonnance deVillers-Cotterêts revient ainsi sur les dispositions des édits de 1490 (Charles VIII) et 1510 (Louis XII), qui imposait, la première que la langue maternelle -et non le latin - soit utilisée lors des interrogatoires et dans les procès verbaux, la seconde que la langue du peuple - et non le latin - soit la langue utilisée dans tous les actes de justice. Les deux époux successifs d'Anne de Bretagne (simple clin d'oeil) consacraient ainsi la co-officialité de toutes les langues de France.

Extrait le plus connu de l'ordonnance de Villes-Cotterêts.On notera que c'est en 1992 qu'à l'initiative de François Mitterrand les textes discriminatoires ont été introduits dans la Constitution (art. 2) sous la forme résumée "La langue de la République est le français", reprise dans la loi n° 94-665du 4 août 1994 qui dispose dans son article 1er que "la langue française est la langue des services publics". Diverses décisions de justice relativement récentes ont encore fait référence à l'ordonnance de Villers-Cotterêts ! L'attachement de nos bons "républicains" à l'Ancien Régime n'est-il pas touchant ?

Extrait le plus connu de l'ordonnance de Villes-Cotterêts.On notera que c'est en 1992 qu'à l'initiative de François Mitterrand les textes discriminatoires ont été introduits dans la Constitution (art. 2) sous la forme résumée "La langue de la République est le français", reprise dans la loi n° 94-665du 4 août 1994 qui dispose dans son article 1er que "la langue française est la langue des services publics". Diverses décisions de justice relativement récentes ont encore fait référence à l'ordonnance de Villers-Cotterêts ! L'attachement de nos bons "républicains" à l'Ancien Régime n'est-il pas touchant ?

Hommage de la République au parrain de "sa" langue. On notera pieusement que les deux François (1er et Mitterrand) sont nés respectivement à Cognac et à Jarnac, deux communes de l'actuel département de Charente distantes de ...14 km. Le terroir, ça compte...

Hommage de la République au parrain de "sa" langue. On notera pieusement que les deux François (1er et Mitterrand) sont nés respectivement à Cognac et à Jarnac, deux communes de l'actuel département de Charente distantes de ...14 km. Le terroir, ça compte...

L'ADN des deux hommes suggèrerait même entre eux une proximité plus grande (illégitime ?) que celle des lieux de naissance.[ADN : Analyse Différentielle du Nez]. A quelques poils près].

L'ADN des deux hommes suggèrerait même entre eux une proximité plus grande (illégitime ?) que celle des lieux de naissance.[ADN : Analyse Différentielle du Nez]. A quelques poils près].

Tag(s) : #Histoire, #Centralisation, #Discriminations

Partager cet article

Repost 0