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Infographie Le Parisien (ex-libéré) / Aujourd'hui en France. Préférer l'article ci-dessous...

Infographie Le Parisien (ex-libéré) / Aujourd'hui en France. Préférer l'article ci-dessous...

Malgré ses 117 pages, le rapport remis au Gouvernement le 25 mai par M. Philippe Duron (photo en fin d'article, et lien vers le texte intégral), député PS de Caen et président de la commission chargée de se prononcer sur l'avenir des trains d'équilibre du territoire (TET) laisse le lecteur sur sa faim.

Sur les constats de l'hétérogénéité des liaisons concernées, de la vétusté du matériel roulant, du défaut sidérant d'entretien des infrastructures, il n'y a rien à redire. Les choses sont claires pour beaucoup depuis longtemps déjà.

Sur les causes du retard pris par les équipements roulants ou fixes, on aurait cependant aimé autre chose que des allusions. D'autres ont déjà mis en lumière sans en mourir les conséquences du choix du "tout TGV" sur les capacités d'investissement. Était-il si difficile d'en dire un peu plus ? De souligner qu'il a paru tellement urgent pendant trente ans d'offrir à la capitale et à ceux qui la fréquentent régulièrement des accès rapides à leur destination qu'on a fait l'économie d'un vrai débat et négligé de réfléchir aux implications d'une telle priorité ?

Cette carence conduit elle aussi au flou relevé par la commission dans les missions des TET (trains Corail, rames courtes automotrices...). Mais les conséquences financières et techniques font maintenant partie du contexte de toute décision.

Alors, que M. Duron me pardonne, mais à l'heure où arrive sa copie, elle a toutes les chances de servir d'alibi à des coupes claires1 dans le paysage ferroviaire. Car les choix du passé (?) n'ont pas que des conséquences financières nuisibles aux capacités d'investissement et donc de réorientation du système français de transport.

Je crains notamment pour la grande transversale atlantique de la pointe de Bretagne à Bordeaux et Toulouse. J'avais entendu que le rapport Duron préconisait l'abandon des liaisons entre Quimper et Nantes et entre Nantes et Bordeaux. A la lecture du rapport (pp. 103 et 104), c'est un peu plus compliqué, mais pas non plus vraiment clair.

Quimper-Toulouse est reconnue comme ligne à fort trafic, surtout entre Quimper et Nantes et entre Toulouse et Bordeaux (donc en trafic souvent non continu). La commission relève que ce trafic justifie un accroissement de la fréquence des trains entre Nantes et Bordeaux, renforcé par un raccordement entre Rennes et Nantes, lequel n'existe pas aujourd'hui, mais ...verrait son trafic accru par la "reprise" de l'actuelle liaison SNCF Quimper-Nantes par les liaisons TER existantes qui, si on suit bien, arriveraient à Rennes, puisque Redon n'est pas citée dans le rapport parmi les gares desservies... Bon, excusez-moi, à ce stade, je suis preneur d'une petite présentation audio-visuelle ! Et saisi d'une crainte : la "grande virgule" qui dévierait vers Rennes le trafic Quimper - Nantes en direction de la France et de l'Europe du Sud n'est-elle pas le faux-nez de sa réorientation réelle vers la gare centrale TGV de ...Paris, déjà très engagée pour la Bretagne du nord ? La modernisation de Bordeaux - Nantes prolongée vers Rennes (et Caen, M. Duron ?) pourrait bien alors être abandonnée "faute de moyens", comme du reste celle de Nantes - Lyon citée elle aussi dans le rapport et déjà fortement détournée par Paris !

Comme on le voit et comme on pouvait le craindre, le rapport de la commission ne fait pas le bon rapprochement entre la priorité généreusement accordée aux liaisons radiales avec Paris et la baisse d'intérêt des usagers pour des liaisons transversales rendues complètement obsolètes faute de modernisation et même d'entretien. Ne prend-il pas plutôt acte du fait accompli ?...

La SNCF peut donc continuer à proposer aux Finistériens d'aller à Bordeaux en TGV via Paris (1200 km au lieu de 600), aucune "région" digne de ce nom n'est aujourd’hui en mesure de pointer aussitôt les conséquences sur les trafics transversaux et l'attractivité des territoires intermédiaires privés de la possibilité d'exister sans passage par Paris. Les entreprises qui, soudain, constatent qu'elles ne peuvent plus entretenir ou développer leur clientèle comprennent ce que je veux dire. Et leurs salariés aussi...

Les hiérarques jacobins, eux, y trouvent manifestement leur compte...

Tant pis pour eux : ils ont encore beaucoup de postes à perdre, et nous y veillerons.

____________________

(1) - Contrairement à l'idée qu'on s'en fait souvent, les coupes claires sont les plus sévères : elles ne peuvent échapper au regard dans une forêt, alors que les coupes sombres laissent un sous-bois fourni.

Philippe Duron présente son rapport à la presse, au lendemain de sa remise au Gouvernement.

Philippe Duron présente son rapport à la presse, au lendemain de sa remise au Gouvernement.

Lien vers le texte intégral du rapport de la commission présidée par M. Duron.

Tag(s) : #Transports, #centralisation, #Economie, #Décentralisation

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