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Portrait de Jules Ferry, artisan majeur de l'expansion coloniale française, par Léon Bonnat (1888)

Portrait de Jules Ferry, artisan majeur de l'expansion coloniale française, par Léon Bonnat (1888)

C'était avant-hier : ma grand-mère maternelle avait cinq ans. Et Jules Ferry justifie l'expansion coloniale reprise à son compte par la Troisième République :

"Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. (...) Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. (...) Ces devoirs ont souvent été méconnus dans l'histoire des siècles précédents, et certainement quand les soldats et les explorateurs espagnols introduisaient l'esclavage dans l'Amérique centrale, ils n'accomplissaient pas leur devoir d'hommes de race supérieure. Mais de nos jours, je soutiens que les nations européennes s'acquittent avec largeur, grandeur et honnêteté de ce devoir supérieur de la civilisation1".

La colonisation par devoir civilisateur ! On ne peut s'empêcher de retrouver, dans cet extrait du discours de Jules Ferry le 28 juillet 1885 devant la Chambre des Députés - pour soutenir la colonisation de Madagascar - l'esprit "révolutionnaire" de textes comme ceux de l'abbé Grégoire ("Le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton"), de Barère et de quelques autres parfois beaucoup plus récents (Georges Pompidou en 1972 : "Il n'y a pas de place pour la langue bretonne dans une France destinée à marquer l'Europe de son sceau").

On ne s'étonne pas que le héraut de l'expansion coloniale française soit aussi l'une des principales incarnations de la politique d'uniformisation linguistique de la France. Jules Ferry n'ignorait évidemment pas les intérêts économiques et militaires de la colonisation, qu'il développe abondamment dans le même discours, ni la place de la diffusion de la langue française dans le dispositif.

La colonisation apparait ainsi comme le prolongement naturel de la centralisation française, avec le même souci de contrôler les approvisionnements et les débouchés sur un marché débarrassé des grumeaux d'identités autonomes.

On notera que le monument ci-dessous, édifié à Saint-Dié à la gloire de son grand homme, a été fondu à deux autres exemplaires, l'un destiné à Tunis et l'autre à Hanoï. On y voit une Marianne symbolisant la République, une enfant annamite2 symbolisant les colonies et un écolier muni de son cahier. Dans la célébration de son œuvre "civilisatrice", la France sait ainsi faire preuve d'une extrême délicatesse !

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(1) - Ferry ne pouvait ignorer les massacres et autres violences qui ont marqué les épisodes antérieurs de la colonisation française, en Algérie ou au Tonkin. Sa mémoire sélective est caractéristique des mystifications de l'histoire racontée par la France.

(2) - de Annam, nom couramment donné jusqu'aux années cinquante à la partie centrale du Vietnam et même au Vietnam tout entier.

Aux pieds du ministre né à Saint-Dié, une Marianne admirative, une enfant annamite et un écolier, qui symbolisent son oeuvre...

Aux pieds du ministre né à Saint-Dié, une Marianne admirative, une enfant annamite et un écolier, qui symbolisent son oeuvre...

Tag(s) : #Histoire, #Centralisation, #Discriminations, #Inégalités

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