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Odette du Puigaudeau en Mauritanie, dans les années trente - photo de couverture de sa biographie par Monique Vérité (Une Bretonne au désert, réédition Payot 2012)

Odette du Puigaudeau en Mauritanie, dans les années trente - photo de couverture de sa biographie par Monique Vérité (Une Bretonne au désert, réédition Payot 2012)

Odette du Puigaudeau, que j'ai évoquée dans le récent article sur le manoir de Kervaudu au Croisic, est née à Saint-Nazaire en 1894. Elle parle de ce lieu de naissance comme de l'une des sources de son amour de la mer et des voyages, et à l'évidence de la Bretagne qui, de Pont-Aven à Nantes en passant par Le Croisic, Douarnenez et les îles, fut toujours pour elle un port d'attache et une référence dans sa quête d'authenticité.

J'avais entendu parler d'elle dans mon enfance croisicaise comme d'une personne originale et de moeurs particulières, allusion locale et d'époque à la fois à son long compagnonnage avec Marion Sénones, qui fut de tous ses voyages en Mauritanie, et à son extraordinaire capacité à s'abstraire des conventions - qu'elle admettait - pour poursuivre un chemin personnel de connaissance et de dépassement de soi. 

La lecture d'ouvrages d'Odette - dont "Pieds nus à travers la Mauritanie" - et celle de sa biographie par Monique Vérité (photo de couverture en tête d'article) n'ont eu aucun mal à me convaincre qu'il était grand temps que je me fasse une idée plus juste de cette Bretonne véritablement hors du commun et pourtant étonnament inconnue.

Descendante d'armateurs et navigateurs nantais, et fille d'un artiste proche de l'école de Pont-Aven qui rêvait d'un fils, elle a eu une enfance à la fois exceptionnellement riche et précaire, qui l'a poursuivie sa vie durant. Il fallait avoir un beau tempérament pour vouloir obtenir la reconnaissance comme inscrite maritime et participer - marin parmi d'autres - à des campagnes de pêche au thon ou à la la langouste et plus tard partager jusqu'à la complicité la vie des femmes d'Ouessant et de Séné (pour faire court).

Ce sont d'ailleurs ses références de pêche qui lui permettront de gagner avec Marion, en 1933, les côtes de Mauritanie à bord d'un langoustier de Douarnenez.

Ces hommes et femmes sont restés ses références en matière d'authenticité humaine, et elle en a toujours rapproché, lors de ses longues périgrinations à pied et à dos de chameau dans l'ouest saharien, l'authenticité des tribus nomades confrontées aux rigueurs du désert encore à peine effleuré par la colonisation française.

La colonisation, le contact avec ses effets et ses méthodes la conduit à la contester comme une menace pour ceux qu'elle prétend "civiliser". Elle prendra position contre les essais nucléaires au Sahara, et perdra l'amitié du premier président de la République de Mauritanie, Moktar Ould Daddah, connu plusieurs années auparavant, en dénonçant sa docilité à l'égard de l'ancien colonisateur.

Plus curieusement pour qui n'a pas suivi les méandres de ses prises de conscience, elle finira par se prononcer pour un "grand Maroc" englobant la Mauritanie et par finir ses jours à Rabat, qu'elle gagne avec Marion en 1960 et où elle mourra en 1991, après une ultime activité ethnographique et muséographique abandonnée aux environs de ses 85 ans !

Entre temps, si l'on peut dire, elle avait animé pendant l'Occupation une association de "marrainage" (envoi de lettre et de colis) à des prisonniers africains dont elle s'indignait qu'ils ne fussent pas traités aussi bien que les originaires de métropole.

Politiquement difficile à classer, on avait pu la trouver avant guerre adhérente et militante au parti autonomiste breton, et après guerre au Parti communiste et plus durablement au Mouvement de la Pais et au MRAP. Le discours idéologique était moins sa tasse de thé que la quête d'authenticité et la solidarité.

Il faut lire sa biographie1 et quelques-uns au moins des livres qui y sont cités. Elle offre l'image d'une Bretonne de caractère et amoureuse de la vie, qu'on ne peut se contenter d'ignorer.

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(1) - "Odette du Puigaudeau, une Bretonne au désert", (Monique Vérité, Petite bibliothèque Payot, réédition 2012, 11 €). L'ouvrage est préfacé de façon par Théodore Monod, autre spécialistedu désert.

 

Tag(s) : #Histoire, #Culture

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