Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Jean Fréour (1919-2010), le dernier des Seizh Breur, et plusieurs de ses œuvres.

Jean Fréour (1919-2010), le dernier des Seizh Breur, et plusieurs de ses œuvres.

C'est à ma qualité (assez brève) de secrétaire du cercle celtique Ar Vro Wenn de La Baule que je dois d'avoir eu la chance de faire connaissance en 1965 avec le sculpteur Jean Fréour, qui fut le dernier vivant du groupe des Seizh Vreur1.

Le cercle Ar Vro Wenn, qui organisait chaque été le Pardon de La Baule, avait passé, des années auparavant, un accord avec la paroisse de La Baule relatif au produit de la quête réalisée au cours de la messe en breton du Pardon, qui réunissait une bonne petite foule au Bois des Aulnes, entre le haut de l'avenue de Gaulle et l'actuelle mairie. Aux termes de cet accord, ce produit, au montant largement lié au Pardon organisé par Ar Vro Wenn, devait être consacré à l'embellissement de l'église paroissiale par l'acquisition d'une oeuvre faisant place à l'identité bretonne de la paroisse. Le choix, antérieur à mon arrivée, avait finalement porté sur un tympan de granit représentant quatre grands saints bretons, dont la réalisation avait été confiée à Jean Fréour, tympan à insérer au-dessus d'une des portes latérales de l'église, où avaient été prévus à cette fin des évidements semi-circulaires.

C'est donc en 1965 que l'oeuvre monumentale fut achevée par Jean Fréour. Mandaté et accompagné parfois par le président d'Ar Vro Wenn de l'époque, Gaston Mesnard, je rencontrai Joseph Dréno, le curé en poste, Jean Fréour, et pris contact avec des entreprises locales pour la pose, qui s'avéra problématique. Le déplacement, l'élévation le long d'un mur et l'insertion dans la cavité d'accueil ne se font pas sans matériel adapté, indisponible sur place et que le produit des quêtes ne permettait pas de financer.

Il fallut renoncer à insérer l'oeuvre au-dessus du perron de la porte latérale sud, dont la durée quotidienne d'ensoleillement faisait la destination naturelle, et se résoudre à l'installer au-dessus de la porte latérale nord, en contrepartie la plus fréquentée au long de l'année. Un éclairage artificiel rasant permettait de mettre en valeur ses reliefs, y compris la nuit de Noël !

Jean Fréour apportait physiquement son concours aux professionnels peu familiers avec ce type de chantier. Il y perdit, blessé à la main, la possibilité de travailler le granit, ce qui reste depuis pour moi un souvenir proche du remords, tant sa maîtrise était totale et reconnue dans le domaine. Ce jour-là, je l'avais raccompagné chez lui, à Batz, au volant de sa 2CV à boîte de vitesses automatique.

Jean Fréour était d'un abord parfois bougon, mais sa passion désintéressée et son humanité profonde relativisait beaucoup la chose. Son humour à multiples facettes était aussi un régal. Je l'ai entendu moquer, avec une cordiale férocité, le "crâne de faux-témoin" de son collègue2 maire du Croisic, Jean Clénet, au cheveu rare. Je l'ai aussi entendu prendre des distances - respectueuses - à l'gard des cérémonies du 11 novembre et de leurs discours convenus, auxquels il a néanmoins sacrifié en son temps.

Attention : l'exposition "rétrospective Jean Fréour" à l'ancienne criée du Croisic a vu sa clôture reportée au 18 septembre 2016. Vous avez donc encore un peu de temps pour en profiter. Ne vous en privez pas ! Vous admirerez, entre mille autres merveilles, la pureté et le mouvement de ses nombreux nus féminins3, son sens du drapé vestimentaire, le caractère puissant de sa représentation des saints (Médard, Martin...). Vraiment, ne laissez pas passer cette exposition ! (Entrée : 5 €, jours et heures d'ouverture à vérifier dans la presse ou sur Internet).

____________________

(1) - Mouvement culturel breton surtout actif entre les deux guerres et regroupant, à l'initiative de Jeanne Malivel, des écrivains et artistes qui ont profondément renouvelé la perception de la Bretagne et son expression artistique, dans les domaines les plus variés.

(2) - Élu municipal de Batz, Jean Fréour fut transitoirement maire de la commune entre Jean Barbin et Jacques Cholet.

(3) - Je l'ai vu dans son atelier de Batz travailler sur l'un d'eux, en marbre noir, reportant des mesures que le résultat faisait oublier. Ce fut pour moi une révélation.

Oeuvres et atelier de Jean Fréour
Oeuvres et atelier de Jean Fréour

Oeuvres et atelier de Jean Fréour

Tag(s) : #Culture, #Histoire

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :