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Bureau de vote vide. Un spectacle moins fréquent hier en Bretagne qu'en Seine-Saint-Denis, mais quand même

Bureau de vote vide. Un spectacle moins fréquent hier en Bretagne qu'en Seine-Saint-Denis, mais quand même

Beaucoup de politologues - par définition bien informés ? - nous annonçaient entre 350 et 450 élus En Marche à l'issue de ce second tour des élections législatives. En fait, on est nettement plus près de la limite basse de la fourchette que de sa limite haute. Peut-on pour autant parler d'échec ? Ce serait très exagéré.

En Marche a atteint très spectaculairement plusieurs objectifs de renouvellement dont celui du paysage politique composé par les élus et plus encore par les élues. Ce renouvellement est accompagné par celui des familles politiques dominantes et d'une bonne partie de leurs figures historiques. Les rescapés n'en ont sans doute pas fini avec la recomposition de leurs entrailles et les tentatives de leur trouver un nouveau nom.

Si la gauche "dure" s'en tire mieux que la molle, sous la houlette de son leader malencontreusement figé dans une conception jacobine de la France, il lui faudra trop ou tard amorcer sur ce point son aggiornamento. Sous peine de proposer sans fin des restes de moins en moins beaux.

Mais il faut en arriver au décalage majeur : celui qui sépare toujours les électeurs des élus, au-delà du changement de paysage.

Les anciens élus avaient bâti leur carrière sur la représentation de leur parti, au détriment de celle de leurs électeurs. Une démonstration éclatante en a été faite en Loire-Atlantique au moment de la prétendue "réforme territoriale", au cours de laquelle ils se sont employés à maintenir la Bretagne la tête sous l'eau, au Parlement comme dans le Conseil départemental, où ils ont accepté passivement le refus de leur président socialiste de consulter la population. Il était plus urgent pour eux que la consultation se fasse entre copains. Mais il en est allé de même dans bien d'autres domaines (négociations commerciales internationales, interdiction de produits dangereux...).

Les nouveaux commencent-ils leur carrière très différemment ? Si leur candidature n'a pas été décidée par un parti installé, il l'a été par une instance agissant à l'ombre et sous les directives du nouveau chef de l'exécutif. Avec l'objectif de "soutenir son action". Amis électeurs, vous êtes déjà passés à la trappe. Le corps législatif composé aux trois quarts à l'initiative de l'exécutif, il fallait y penser1.

Quant au renouvellement des idées c'est intéressant de nous parler de projet et de démarche nouveaux, ou de "nouvelle manière de faire de la politique". Mais quand on rentre dans les propositions formulées, on trouve quand même la baisse de l'impôt sur les sociétés, la sortie des actions du calcul de l'impôt de solidarité sur la fortune, la limitation du montant des indemnisations relevant de la juridiction des prud'hommes... Je m'arrête là. En revanche, rien sur la lutte contre la fraude et l'évasion fiscale (la fraude des riches), dont le montant dépasse celui des déficits des comptes publics. Ces mesures concrètes profiteront toutes aux bénéficiaires de revenus du capital, et la plupart des limitations pénaliseront au contraire les citoyens d'en bas.

Le contraste est saisissant entre le nombre d'élus En marche, dont une forte proportion paraît appartenir à une frange active et plutôt aisée de la population, et le pourcentage inouï d'abstention et de vote blanc, que constituent donc nécessairement des franges moins favorisées de la population, et moins confiantes aussi dans l'avenir.

Là, on ne peut plus parler de renouvellement, sinon dans la forme et chez les acteurs ou porte-parole. On est dans la mise en évidence d'une fracture profonde, qu'il faudra bien analyser et réduire, dans toutes ses dimensions, y compris européennes.

Une société aussi profondément divisée entre ceux qui se sentent en marche et ceux qui se sentent poussés au bord du chemin, ne peut s'attendre à un avenir paisible.

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(1) - A dire vrai, il fallait y penser, sauf à laisser la main aux partis condamnés ou à improviser une forme de tirage au sort encore moins satisfaisante.

 

 

Tag(s) : #Élection, #Politique, #Centralisation, #Histoire

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