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[L'article le plus consulté entre le 24 octobre et le 11 décembre 2010]

 

Avec ses 70 000 habitants, Nantes était en 1800 une vraie grande ville européenne : moins peuplée que Barcelone, mais davantage que Francfort, Munich ou Turin, pour ne citer que quelques exemples parmi les nombreuses cités qui peuvent aujourd'hui la regarder de haut.

J'ai montré dans un article du 5 octobre la rapide croissance de Munich à partir de cette époque. On pourrait faire le même graphique avec les autres villes évoquées. Je vous propose aujourd'hui d'intégrer Munich et Nantes dans un panel élargi à quatre autres villes : deux autres bretonnes (Rennes et Brest), une ville alsacienne, Strasbourg, et une ville de la proche ceinture parisienne : Aubervilliers. Vous allez vite comprendre pourquoi.

Voici d'abord ce que donne le rapprochement de leurs courbes de croissance au cours des deux derniers siècles :

Nantes-Munich Arigéné

On retrouve naturellement, dans ces courbes, la croissance forte de Munich, partie de plus bas que Nantes, une croissance qui commence à s'accélérer peu avant 1850 et décolle spectaculairement entre 1875 et 1880. Les autres croissances paraissent proches, notamment les croissances de Nantes et de Strasbourg, mais ce type de courbes - dites arithmétiques - sur-représente les variations absolues : celle d'une grosse unité comme Munich par rapport à celle d'Aubervilliers (en bas, en bleu), village de 2000 habitants sous la Restauration. En réalité, c'est Aubervilliers qui connaît la croissance la plus rapide pendant notre période.

Pour mesurer les taux de croissance, reprenons le même graphique sous la forme dite logarithmique : cette fois, les pentes sont plus significatives que la hauteur des points sur le graphique :

  Nantes-Munich LogGénéCe type de représentation met en évidence la proximité des taux de croissance de Munich et d'Aubervilliers, avec un net avantage pour Aubervilliers pour la période 1840 - 1900 (la ville passe alors de 2500 à 30 000 habitants).

Si vous avez l'oeil exercé, vous remarquerez aussi que les courbes de Nantes et de Strasbourg, très proches dans le premier graphique, se croisent entre 1850 et 1900, pour se rapprocher de nouveau vers 1920. Regardez bien cette courbe.

Nantes-Munich LogExt

Elle montre que la croissance accélérée d'Aubervilliers (en bleu en bas) a commencé à peu près en même temps que celle de Munich (en violet en haut), pour s'accélérer encore plus entre 1850 et 1890.

C'est précisément le moment - même si les phénomènes sont moins marqués - où Strasbourg, après avoir amorcé un "plateau" qui commencera quelques années après pour Nantes, infléchit de nouveau dans un sens ascendant sa courbe de croissance, pour une trentaine d'années.

Décryptons tout cela ensemble :

1830 - 1860 : c'est le début du chemin de fer, en France comme en Allemagne (premières lignes réalisées entre 1830 et 1840). La France - dont les grandes routes sont déjà sur le même modèle, mais avec moins de conséquences eu égard à la vitesse des chevaux - développe son réseau selon le projet en étoile de Legrand. L'Allemagne, non. La région parisienne voit son développement spectaculairement dopé (ce que traduit la croissance d'Aubervilliers). L'Allemagne ne connaît pas cette contrainte : les futures grandes villes, comme Munich, le deviennent vraiment. En Bretagne, des différences (de détail par rapport à Munich) se manifestent, mais à l'écart du grand boom des villes qui crèvent l'écran dans l'Europe d'aujourd'hui.

Je n'ai pas les qualifications nécessaires pour aller au-delà des constatations que chacun de nous peut faire, mais faisons-les ensemble :

     . la croissance des grandes villes françaises a été sévèrement bridée par la centralisation du pays, et notamment celle de son réseau de transport, sans équivalent en Europe, et responsable évident des distorsions de développement observées à partir du milieu du XIXème siècle par rapport au reste de l'Europe.

     . l'absence d'une centralisation aussi pesante a donné aux autres villes d'Europe la possibilité de se développer dans leur territoire sans la concurrence d'une agglomération extérieure privilégiée (région parisienne).

      . L'évolution de Strasbourg (confirmée par celle de Colmar, Mulhouse ou Haguenau, non représentées ici, mais qui sont comparables) montre en particulier que la période allemande de l'Alsace (de 1870 à la guerre de 14) l'a protégée un temps des effets de la centralisation française. Sans commentaire...

Certains se scandaliseront peut-être de ces constats. Je préfère regretter amèrement la réalité, qui a des prolongements dans beaucoup de domaines, y compris dans l'histoire du socialisme breton ou ...dans celle des transports aériens.  Mais cela mérite d'autres articles, auxquels, naturellement, autant que possible, je ne faillirai pas...

Tag(s) : #Centralisation
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