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  Tiers-État porteur

Gravure de 1789 : la noblesse et le clergé lourdement supportés par le Tiers-État. Les titres et les costumes ont changé,
mais la richesse d'un petit nombre est toujours portée par le grand nombre...

 

J'ai entendu dans la salle une question concernant le prélèvement francilien sur les richesses produites en France. Regardons cela de plus près.

Le revenu brut français peut en effet se répartir selon différents critères : territoriaux, de population, de statut, de sexe, d'âge, etc...La répartition qui nous intéréresse ici fait ressortir la profonde inégalité des revenus moyens par personne entre l'Île-de-France et le reste du territoire.

Les données de base concernent :

     1. le partage territorial des revenus, dans lequel :

          a. Rf est la part du revenu brut français encaissée en Île-de-France, soit environ 30 % selon l'INSEE,

          b. et Rr la part encaissée dans le reste du territoire, soit donc 70 % ;

     2. le partage territorial de la population, dans lequel :

          a. Pf est la part de la population habitant l'Île-de-France, soit environ 20 %,

          b. Pr la part de la population habitant dans le reste du territoire, soit donc 80 %.

Le rapport des revenus encaissés en Île-de-France et dans le reste du territoire est donc de Rf/Rr = 30/70 = 0,43,

mais le rapport des populations correspondantes est de :

Pf/Pr = 20/80 = 0,25.

En divisant simplement le rapport des revenus par le rapport des populations, on obtient le rapport des revenus moyens par personne, soit :

0,43 / 0,25 = 1,72.

Ce qui signifie que le revenu brut moyen par personne encaissé en Île-de-France est supérieur de 72 % au revenu brut moyen encaissé dans le reste du territoire.

On arriverait naturellement au même résultat en divisant le rapport Rf/Pf par le rapport Rr/Pr, soit :

30/20 ou 1,5 par 70/80 ou 0,87.

Que nos amis franciliens se rassurent, tout le monde sait bien que le revenu d'un professeur des écoles de La Courneuve n'est  pas supérieur de 72 % à celui de son homologue breton  ou franc-comtois.

La différence se fait au niveau des hauts salaires et, plus encore, des revenus du capital, la différence de qualification étant parfois floue (hauts revenus et avantages des haut dirigeants d'entreprise ou de groupes financiers). Et territorialement, elle est énorme au niveau des beaux quartiers de l'ouest parisien (intra ou extra-muros).

EPôle Orlylle s'est prodigieusement accrue au cours des deux derniers siècles, et plus encore des 150 dernières années, quand la centralisation croissante des transports a permis le transfert massif des emplois, des sièges sociaux et des capitaux à Paris et dans sa banlieue.

Les mouvements revendicatifs régionaux ne perçoivent pas toujours clairement le lien qui existe entre le "jacobinisme" et cette répartition du travail et des profits.

Ils insiqtznt volontiers sur les aspects institutionnels et uniformisateurs du premier, alors que celui-ci pourrait bien être de plus en plus perçu comme le respectable habillage idéologique de la seconde, dont il assure la pérennité.

C'est sans doute pourquoi il y a peu de chances que la France se décentralise par conviction, et les avatars de l'acte III de la décentralisation n'incitent guère à en douter, comparés aux avancées en fanfare du "Grand Paris", qui n'a pas le même besoin que jadis de l'émigration pour prélever 30 % de la richesse produite en France, et bientôt plus...

Tag(s) : #Inégalités

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