Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

La centralisation et ses corollaires (faible autonomie financière des collectivités, cumul des mandats, financements croisés...) est un puissant facteur d'opacité de l'action publique, dont une forme privilégiée est le non-dit. Voyons-en deux exemples, plus brièvement qu'ils ne le mériteraient :

Ecotaxe panneau enflammé du 19-02-14L'écotaxe, comme son nom l'indique, est censée avoir un effet écologique, en incitant les usagers professionnels de la route à passer à un mode de transport moins consommateur d'énergie fossile. En pratique, la définition des routes taxées en fait d'abord un impôt sur la mal-desserte ferroviaire, qui épargne les grands axes routiers, et peut financer ...tout projet "d'intérêt général" - comme est réputé être le Grand Paris ! - sans aucunement servir à améliorer la desserte des régions les plus contributrices. Mais les assemblées de celles-ci ont vu très discrètement leur consentement encouragé par un modeste intéressement au produit de la taxe... Rien de cela n'a été mis en lumière avant d'adopter le texte, puis de construire - sans un mot d'explication - les fameux portiques. Un superbe exemple de non-dits.

L'aéroport de Notre-Dame-des-Landes en est un autre. Son objectif depuis l'origine - c'est la raison pour laquelle j'y suis favorable - est de ramener vers la Bretagne des têtes de lignes aériennes dont la centralisation française des transports la prive, de manière à la rapprocher des clients, fournisseurs, revendeurs et autres partenaires de ses entreprises. Départementalisée, sans moyens propres digne de ce nom et écartelée entre deux "régions" tournées vers Paris, la Bretagne n'a pas les moyens de financer elle-même  ce type de projet. Métropole Aix-MarseilleIl lui a fallu mettre en avant un intérêt "national", de nature à justifier le concours de l'État, et ne pas crier trop fort que ce rapatriement pourrait faire un peu d'ombre à Aéroports de Paris et à son client privilégié, Air France, dont la centralisation aérienne fait le bonheur, comme il fait celui des zones commerciales et de services voisines, et même de la région parisienne tout entière. On a trouvé sans trop de peine, parfois successivement, plusieurs intérêts nationaux, et le cofinancement d'État a été obtenu. Mais le silence gardé sur la justification principale du projet, celle - tabou dans l'univers politique jacobin - qui traverse les décennies, a empêché l'adhésion et l'éventuelle mobilisation populaires autour de celui-ci : le desserrement de l'extraordinaire emprise francilienne sur les réseaux de transport français, notamment dans un "Ouest" éloigné de toutes les frontières terrestres. La porte était ainsi ouverte à toutes les interprétations du projet, y compris l'ambition et l'intérêt personnels, particulièrement générateurs de suspicions. Et les motivations les plus sincères d'une revendication d'abandon peuvent dès lors servir de paravent à l'autres moins avouables : la libération quasi-inéluctable des permis de construire sur le secteur et la pérennisation des monopoles franciliens.

La place de Paris dans le monde, dont les lobbies franciliens nous rebattent les oreilles, ressemble aujourd'hui à celle d'une vieille garce avide, dont la France précarisée et écotaxée finance de son avenir les crocs en or et le lifting ininterrompu...

Ce dont cette France manque le plus, c'est au contraire de la possibilité de s'y déplacer librement dans d'autres directions que Paris. On pourrait appeler ça la décentralisation (et en Bretagne un pas vers l'autonomie ?).

Tag(s) : #Politique

Partager cet article

Repost 0