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Population LA-B4-B5 1800-2000

Peu nombreux sont sans doute les Bretons qui savent que la Loire-Atlantique, le département aujourd'hui le plus peuplé de Bretagne en était en 1800 la lanterne rouge, avec 369 000 habitants, Et les Côtes-d'Armor ont fait le parcours inverse.

Mais la Loire-Inférieure de l'époque était déjà le département le plus urbanisé : près d'un habitant sur cinq vivait à Nantes.

C'est sans doute à cette urbanisation que la Loire-Atlantique doit d'avoir connu au XIXème siècle une moindre croissance démographique que ses homologues, et d'avoir plus tard été moins touchée par les grandes vagues d'émigration vers - principalement - la région parisienne.

Le graphique ci-dessus montre au passage que si la Loire-Atlantique a bénéficié des migrations internes à La Bretagne, elle l'a fait dans des proportions plus limitées qu'on ne le pense souvent. Certes, la construction navale, la conserverie, voire la pêche, ont attiré des Bas-Bretons à Nantes, Saint-Nazaire et  dans des ports de pêche comme Le Croisic et La Turballe. Mais les effectifs totaux de ces activités sont sans commune mesure avec le million de jeunes qui ont quitté la Bretagne rurale.

De 1900 à 1946, le déclin démographique qui affecte cette dernière, et qui se poursuit après déjà cinquante ans d'émigration camouflée - par l'allongement de la durée de vie et la diminution de la mortalité infantile - se traduit par un infléchissement sensible de la courbe de population des autres départements. Mais la courbe de population de la Loire-Atlantique ne manifeste alors aucun accroissement particulier. Et, plus tard, si la population de notre département du sud connaît une progression assez soutenue, c'est à un rythme assez peu éloigné de celui des autres départements bretons. Les études de l'INSEE confirment au demeurant la place importante qu'y tient la croissance naturelle (excédent des naissances sur les décès).

Bretagne Natalite 2008 b5Les discours convenus sur la "fracture est-ouest" en Bretagne manquent donc de base solide. Ce qui est visible - sur la carte ci-contre par exemple - c'est la profondeur de la dévitalisation de la Bretagne péninsulaire centrale, effet  sensible encore aujourd'hui des décennies d'émigration subies jusqu'aux années cinquante, voire soixante.

Il faudra dès lors admettre un jour que les dépressions rurales comme celle du "Centre Bretagne" ne sont pas principalement la contrepartie de la croissance des villes bretonnes, mais qu'au contraire le bridage de cette croissance urbaine - phénomène typiquement français - est le prolongement urbain de ces dépressions rurales. La cause commune est à rechercher dans la croissance spectaculaire de la population francilienne pendant la même période, relancée pour un siècle par la politique du Grand Paris. 

Notre population rurale a ainsi été "pompée" à la source. Et, loin d'avoir joué un rôle d'écran, des villes comme Nantes et Rennes, ou plus modestes, ont plutôt joué un rôle de passoire, trop faibles pour attirer et accueillir l'excédent de notre population rurale1.

Quant à notre mythique maillage urbain breton, merveille d'équilibre et de sage humanité à en croire certains, comment y voir autre chose qu'un déni de réalité, ou l'intériorisation à la bretonne d'une défaite démographique majeure2 ?

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(1) - Constaté à peu près dans toute l'Europe, cette situation d'excédent tient aux raisons exposées plus haut dans l'article (accroissement de la population par la réduction de la mortalité infantile et les progrès de la médecine et de l'hygiène, qui allongent la durée de vie) mais aussi à des facteurs plus "techniques" tels que l'amendement des sols par le chaulage, qui augmente la production agricole hors apport de travail humain).

(2) - à prolongements évidents dans d'autres domaines, tels que : langue, culture, et sans doute intensité du vouloir-vivre collectif, donc de l'aspiration à l'unité territoriale..

Tag(s) : #Emigration

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