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Sur-croissance sauts salaires AE 307En 1995, la moyenne des salaires des 15 000 salariés français les mieux payés était 10 fois supérieure à la moyenne générale des salaires. En 2007, le rapport était passé à 20 fois.

Dans le même temps, la moyenne des salaires des 1 500 salariés les mieux payés est passée de 25 fois à 60 fois la moyenne générale !

Une fois précisé que le salaire moyen général en France a progressé de 9 % au cours de la même période, le constat est dramatiquement évident : plus le salaire est élevé, plus il augmente, et ce de plus en plus en allant vers le haut de l'échelle.

Les conséquences sociales de cette situation sont d'autant plus préoccupantes que le partage des richesses annuelles produites par la France - entre les salaires d'une part et les profits d'autre part - reste stable dans le temps. La progression des hauts salaires se fait donc au détriment des autres, et non par redistribution des bénéfices.

Mais ce n'est pas tout : cette inégalité de progression des salaires aggrave sensiblement l'inégalité entre les territoires.

Les hauts salaires sont en effet concentrés dans les grandes villes, où l'on trouve plus qu'ailleurs des fonctions d'encadrement ou et haute tehnicité, et au-delà de toute mesure à Paris et dans certaines communes de sa banlieue ouest.

Ainsi, les 907 000 salariés des 62 000 établissements d'Île-de-France fournissant des services aux entreprises sont à 40 % des cadres (contre 19 % dans les activités comparables en "province", mais 54 % dans les Hauts-de-Seine). Les 291 100 personnes d'Île-de-France occupées à des activités financières (notamment bancaires) sont à 46 % des cadres, et plus souvent qu'ailleurs de hauts cadres. Dans ces deux secteurs, la localisation francilienne est de l'ordre de 40 % de leurs effectifs totaux en France, soit près du double de la localisation des salariés en général.

Localisation cadres PoncetCette concentration sélective des hauts salaires fait que les secteurs concernés de l'Île-de-France bénéficient deux fois de la sur-croissance de ceux-ci : une fois au niveau individuel, une autre fois au niveau collectif.

Comme, encore une fois, la part globale des salaires dans la distribution des richesses produites varie peu dans le temps, cette sur-croissance des hauts salaires franciliens est payée par la diminution des autres salaires (en montant, en nombre ou les deux). Même faible, l'augmentation moyenne des salaires de 9 % sur ...douze ans est donc très loin d'avoir été générale.

Cette concentration des cadres, particularité française découlant de l'organisation centralisée des transports, est ainsi un puissant facteur d'aggravation de l'inégalité des territoires.

Y pensent-ils quelquefois, nos écolos propres-sur-eux, chauds partisans du développement des lignes à grande vitesse desservant la région parisienne, ses concentrations d'activités bien payées et ses aéroports ?

Ajoutons que la concentration des hauts salaires dans un même lieu est un évident facteur de concurrence-compétition entre eux, qui renforce encore les dégâts !

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Illustrations. En haut : graphique tiré du n° 307 d'Alternatives Économiques. En bas : France et Allemagne : répartition des cadres sur les territoires et polarisation ou non sur la capitale. (extrait d'un rapport au Sénat de Jean François-Poncet) . 

Autres sources : Géographie de l'emploi en Île-de-France au 31 décembre 2006 (Insee d'Île-de-France et Institut d'Aménagement et d'Urbanisme de la région IdF, 2009).

Tag(s) : #Territoires

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