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Hendaye Nantes viaMichelin"Il faut changer de logiciel", "il faut changer de paradigme".  Ces deux expressions se bousculent dans la bouche de plusieurs de mes amis qui se réclament de l'écologie politique.

Si le mot "logiciel" m'est familier depuis les années passées dans les services informatiques des Impôts; le mot "paradigme" ne faisait pas vraiment partie jusqu'ici de mon vocabulaire. Je comprenais malgré tout qu'on m'invitait à changer de système de pensée pour me placer dans celui de mon interlocuteur. Un exercice que mes expériences fiscales ou politiques m'ont rendu plutôt familier aussi.

Je me suis tout de même décidé à enrichir mes connaissances en consultant - Internet oblige - l'encyclopédie Wikipédia, qui n'est d'ailleurs pas totalement satisfaite de l'article qui lui a été fourni sur le sujet. Mais quand même, il y a du boued1.

Le preuve : j'ai compris pourquoi, sans doute, cette histoire de paradigme m'enthousiasme modérément. Avant d'autres considérations très intéressantes, la deuxième phrase de l'article prévient en effet :

"C'est une forme de rail de la pensée dont les lois ne doivent pas être confondues avec celles d'un autre paradigme et qui, le cas échéant, peuvent aussi faire obstacle à l’introduction de nouvelles solutions mieux adaptées".

Rails entrecroisésTout est dans les derniers mots...

Et je repense à mes discours sur Notre-Dame-des-Landes, qui ont déjà provoqué des envolées bruyantes de paradigmes. Lorsque je soutiens qu'aller de A à B en vol direct est plus écologique que d'y aller en deux vols successifs, et que la localisation du nouvel équipement permettrait justement d'augmenter notablement la proportion des vols directs, ce qui est indiscutable et intéressant, on me répond avec commisération qu'il faut changer de paradigme. Le nouvel équipement touche à la terre que nous devons rendre à nos enfants. Sous-entendu : n'y touchons pas, même si l'empreinte écologique globale de cent ans de navettes aériennes ou ferroviaires avec Paris est infiniment supérieure à celle de l'aéroport qui les réduit. Alors, on me parle du train qui doit remplacer l'avion, en oubliant que la centralisation du rail en France relègue cette bonne intention au rang des voeux pieux2. 

A ce moment de la discussion, il n'est souvent pas loin de minuit.

C'est alors que le chant désespéré du paradigme incompris emplit soudain l'espace d'une tristesse minérale. Et l'épouvante me saisit...

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(1) : Mot breton signifiant nourriture, passé en français sous la forme boëtte pour parler des appâts jetés aux poissons dans l'intention de les attirer vers l'hameçon ou le filet. Les bretonnants utilisent volontiers le mot pour évoquer par exemple la matière d'un article ou d'un livre, lorsqu'elle  solide et fournie.

(2) - Des amis basques se rendant le 17 novembre d'Hendaye à Carhaix par Bordeaux ont fait escale à la maison la veille au soir après plus de 8 h 30 de train ou d'attente en gare. Par référence à la distance routière, cela fait du 64 km/h) à poursuivre le lendemain par 3 h de voiture. La SNCF leur proposait de faire Hendaye-Carhaix en 11 h 04 par Montparnasse et Guingamp (soit à 71 km/h par référence aux 778 km routiers entre Hendaye et Carhaix). Ils pouvaient aussi faire Hendaye - Nantes via Montparnasse en 8 h 33 en parcourant une distance 2,2 fois plus longue que le trajet "normal" par Bordeaux (voir illustration ViaMichelin du haut). C'est ça, l'apport du train à grande vitesse aux liaisons inter-régionales, ça qui a fait de la région parisienne ce qu'elle est, et ça qui justifie les travaux et coûts gigantesques du Grand Paris.

 

Tag(s) : #Écologie

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