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Part-IdF-paint-2.JPGMême après son recadrage très mesuré par le Gouvernement, le "nouveau" Grand Paris reste, dans la presse nationale (lire : parisienne) un thème foisonnant d'articles parmi lesquels on trouve très peu de signatures "provinciales". Et très peu de références à l'utilité pour le reste de la France du "Grand Paris" et de l'auto-proclamée "région capitale" dont se gargarisent souvent les auteurs. La coïncidence n'est sans doute pas fortuite.

Dans Le Monde du 15 mars, l'universitaire Guy Burgel1 escamote magistralement le problème  :

"30 à 50 milliards, c'est beaucoup et c'est peu dans une région urbaine qui génère annuellement 600 milliards d'euros de richesse."

On passera sur l'imprécision de la fourchette des coûts du Grand Paris. Sa seule ouverture représente de 52 à 82 fois le budget annuel 2013 d'investissement de la Bretagne-moignon, budget dont le tiers va au-demeurant à l'accélération de l'accès francilien à la France de l'Ouest !

C'est la fin de la phrase qui relève pratiquement de l'escroquerie intellectuelle, problablement involontaire, tant la confusion est entretenue et courante.

Les 600 milliards évoqués viennent tout droit des statistiques du produit intérieur brut (PIB), qui mesure beaucoup de choses mais en aucun cas une "production". Parce que personne ne sait additionner les kilomètres de route, les soins hospitaliers, les tonnes de viande et les heures d'aide maternelle. En revanche, on sait additionner les "valeurs" attribuées par les marchés à ces biens et services, des valeurs qui correspondent grosso modo à leur coût de production ou à la rémunération du travail et du capital qui concourent à leur production.

Et c'est là que le bât blesse en France où la centralisation tend à majorer hors de toute mesure sérieuse, en Ïle-de-France, la rémunération du travail et du capital engagés dans la production.

La centralisation des transports a entraîné celle des activités et des emplois, et progressivement celle des sièges sociaux et des circuits financiers, etc, d'où la forte concentration des hauts revenus dans certaines zones de l'Île-de-France, auxquels la logique de la comptabilité nationale fait correspondre faute de mieux la "production" de cette région.

Mais l'activité qui génère au sommet de la pyramide les hauts salaires et les profits distribués en Île-de-France est une activité largement extérieure au lieu de centralisation et, elle, sous-évaluée du fait du prélèvement des profits. On pourrait ainsi remonter la filière lait, du produit de base sous-rémunéré à la distribution de substantiels dividendes au sein des groupes agro-alimentaires et de leur environnement dans les secteurs de la distribution, de l'assurance, des banques et du "conseil".

Les premières rémunérations sont comptabilisées dans le "produit intérieur brut" de la "province", les dernières pour une grande part dans le produit intérieur brut de l'Île-de-France, où elles sont censées générées notamment par les activités de "service" dont cette région s'est progressivement fait une spécialité. Aux uns la production matérielle, associée aux premières tranches de revenus, aux autres la gestion et la distribution des profits, dont les méandres abondent les tranches les plus élevées.

Dans un pays moins centralisé, cette géo-stratification des revenus est moins évidente et de moindre effet. En France, elle aboutit à cette aberration qui fait qu'aujourd'hui l'Île-de-France est censée "produire" 30 % de la richesse nationale, alors qu'on peut simplement dire qu'elle encaisse 30 % des rémunérations correspondantes...

Justifier le Grand Paris par ce qu'il prélève sur la richesse nationale est une prouesse qu'il convient de saluer ...et de dénoncer.

L'UDB disait plus simplement "Paris nous pompe !". Le Grand Paris répond "Pompons !".

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(1) - Professeur à l'Université Paris-Ouest-Nanterre-La Défense, auteur en 2008 de "Paris meurt-il ?" (Perrin).

Illustration (à améliorer) : parts respectives de l'Île-de-France et de "la Province" dans la surface, la population, les emplois et le PIB français. A noter : l'agglomération parisienne proprement dite ne représente que 20 % de la surface de l'Île-de-France et abrite 88 % de sa population et plus encore du PIB tel qu'on le calcule...

Tag(s) : #Economie
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