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Brest-Bordeaux ViaMichelinLa distance moyenne entre deux points du territoire français est d'environ 450 km. C'est donc aussi la distance moyenne entre un point du territoire français et Paris.

Que ce soit à pied, en voiture ou en train, l'obligation de passer par un troisième point (au hasard, Paris) ajoute par conséquent 450 km à la longueur du trajet moyen et tend à doubler en moyenne celui-ci.

Dans le détail, l'allongement tend vers zéro lorsque ce troisième point se rapproche du trajet "naturel" (ex : Lille - Toulouse par Paris). Et à l'inverse, plus les deux points sont proches, plus l'allongement tend vers l'infini (ex : Brest - Ploudalmézeau par Paris).

Une centralisation absolue, en supprimant tout choix, multiplierait les cas du deuxième type.

Même en France, on n'en est pas encore tout à fait là.

Cependant, pour aller en train de Brest à Bordeaux (624 km par la route, en 6 h 52, selon ViaMichelin1), la SNCF propose six options le matin dont cinq par Paris ou Massy et une par Quimper et Nantes. Les durées de trajet vont de 8 h 51 par Nantes à 9 h 05 par Paris, avec des minima par Paris de 8 h 55 et 8 h 59. Autant dire que, vu la longueur du trajet, les propositions tiennent dans un mouchoir de poche, que les horaires priment et que le trajet par Paris est un choix largement dominant.

Or, si l'on s'en réfère aux distances routières données par ViaMichelin (voir carte ci-dessus), la distance parcourue est multipliée par ...1,9. On n'est pas loin de l'approche théorique !

On comprend au passage pourquoi les "décideurs" brestois tiennent tant à la réduction des temps de trajet avec Paris : ça les rapproche aussi de Bordeaux, entre autres. Certes, le prix du trajet par Paris est aussi de 62 à 92 % plus cher que le trajet par Nantes, mais combien de décideurs s'arrêteront à ce détail ?

La centralisation ferroviaire favorise donc le passage par Paris. La réduction annoncée de la durée des trajets Brest - Paris va naturellement rayer de la liste l'option du trajet par Nantes, la moins chère et la plus intéressante pour le voyageur occasionnel ou qui paie personnellement son billet. Et Brest n'est ici qu'un exemple : Nice est à peu près aussi exemplaire, et propose même le trajet Nice - Marseille - Paris - Bordeaux...

La liaison par Paris est donc de plus en plus encouragée par une rapidité de plus en plus grande, mais de plus en plus coûteuse financièrement et en énergie.

Parallèlement, la centralisation tout court multiplie les occasions de déplacement à Paris, dont la rapidité a éliminé les trajets routiers fréquents dans les années soixante. Mais ces choix entraînent un maintien ou un report vers la route de trajets comme Brest - Nantes dont Brest -Quimper ou Lorient, pour ne pas parler de Morlaix - Saint-Nazaire. Et le transport ferroviaire des marchandises relève de la mission impossible. C'est bien à tort que la France parade derrière ses statistiques de basculement du transport de voyageurs vers le rail dopées par le TGV.

L'arrêt, puis le recul de cette centralisation est un impératif non seulement politique, mais économique, social et écologique... Le contraire du Grand Paris.

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(1) - La SNCF ne mentionne pas la longueur des trajets qu'elle propose.

Tag(s) : #Centralisation
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