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Louis XVIII GP annotéOn met rarement Louis XVIII, frère de Louis XVI et deux fois successeur de Napoléon (1814 et 1815-1824) au rang des Jacobins...

On a tort. La France jacobine doit à son règne un volet majeur de sa centralisation financière : la centralisation de l'épargne, à travers la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), créée par la loi du 28 avril 1816 sur la suggestion du ministre des finances Corvetto. Le régime - qui se méfiait de la Banque de France créée en 1800 par Napoléon - confie à la nouvelle institution financière publique le soin de racheter les dettes de l'État en utilisant les dépôts et consignations faits par les particuliers auprès des notaires puis, très vite, les fonds collectés par les toutes nouvelles "caisses d'épargne" auprès des classes moyennes en plein essor, puis du livret postal. Dès 1822, la Caisse des Dépôts, en soutenant la rénovation du port de Dunkerque, fait son premier pas d'investisseur dans l'économie moderne.
La centralisation de l'épargne va permettre des interventions de l'État dans des secteurs fort éloignés de la résidence et des préoccupations de ceux qui confient leurs économies aux notaires, à l'Écureuil ou à la poste.

 Cécile Duflot, ministre EELV du Logement et de l'Égalité des Territoires, s'offre en ce moment un triomphe auprès des promoteurs du Grand Paris immobilier, en annonçant sa volonté de  "créer un choc foncier" en région parisienne, et "le retour de l'État aménageur" en Île-de-France1.

Par ses services et filiales, et au moyen de conventions et contrats, la CDC se trouve au coeur des implications de l'État dans la mise en oeuvre de cette politique, et avec elle ...l'épargne populaire (l'épargne des riches dépasse le plafond des livrets qui alimentent la CDC et se concrétise en placements générateurs de dividendes).

Devenu président du conseil de surveillance de la CDC, Henri Emmanuelli (oui, la grande gueule jacobine) ne joue pas les vierges effarouchées dans Les Echos :

« Tout ce qui n'est pas interdit va être autorisé, ce qui permettra une série d'investissements publics qui étaient bridés : les infrastructures routières, le Grand Paris, les crédits à taux fixe des universités et les prêts pour le financement des contrats État-régions ».

Dès lors qu'un "intérêt général" est invoqué par l'État - et il est explicitement  invoqué dans la loi sur le Grand Paris - l'épargne populaire peut être mobilisée n'importe où et sans le contrôle des épargnants.

Tout le problème est de savoir qui décide de quoi et qui contrôle. Et comme les territoires d'épargne et les territoires d'investissements sont très différents, qui perd et qui gagne quoi.

On est très, très loin de cette transparence.

Ce qui me conforte dans la conviction croissante que le but essentiel de la centralisation est de permettre des transferts comme ceux-là, sous couvert ...d'unité de la République et d'égalité des citoyens !

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(1) - Voir notamment Le Monde du 30 janvier, p.8.

Tag(s) : #Centralisation

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