Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

GOUER Yann 2Pour justifier les pharaoniques dépenses du "Grand Paris", il s'est trouvé une plume universitaire pour nous expliquer doctement dans Le Monde que la République ne pouvait ignorer l'Île-de-France, une région qui "génère 31 % du produit intérieur brut (PIB) français". J'en ai déjà parlé, mais j'y reviens à l'occasion de la journée consacrée par l'UDB à Lorient, samedi 23 novembre, à l'étude de la centralisation, de son histoire et de ses effets.

Le produit intérieur brut, ce ne sont ni des bateaux ni du lait, mais la valeur attribuée à ces bateaux et à ce lait, leur prix, qui correspond aussi aux revenus dégagés à l'occasion de leur production. Un exemple outrageusement simplificateur permettra de saisir immédiatement les limites de l'argument exposé par l'universitaire :

Lorsque Yann Gouer, paysan symbolique du Centre Bretagne, trait ses vaches, le revenu qu'il tire de son travail est comptabilisé dans le produit intérieur brut breton. Et lorsque Mme B. encaisse, dans son hôtel particulier de Neuilly-sur-Seine, les dividendes qu'elle touche du groupe de parfumerie dont elle détient le capital, son revenu est comptabilisé dans le produit intérieur brut de l'Île-de-France. Compte tenu de la répartition géographique respective des producteurs de lait et des détenteurs de capital, le PIB francilien peut bien représenter 31 % du total français, cela en dit plus long sur la répartition du patrimoine et des hauts revenus (ou de l'appropriation des fruits du travail d'autrui) que sur la répartition de l'effort productif.

En clair, 20 % des Français - les Franciliens - se partagent (très inégalement) 31 % du revenu intérieur français, lequel assure à chacun d'eux, en moyenne, 31/20 = 155 % du revenu moyen français par tête, et les 69 % restants du revenu français assurent  aux 80 % restants de la population (les non-Franciliens) 69/80 = 76,25 % du revenu moyen français, soit un revenu moyen par tête correspondant à 76,25/155 = 49,2 % du revenu moyen francilien par tête. Vous avez bien lu : à peine la moitié !

Bien sûr, le revenu de Mme B. n'a rien à voir avec celui de ma soeur, qui fut institutrice à La Maison de luxe SothebyCourneuve pendant 40 ans, et dont le revenu était très voisin de celui d'un professeur des écoles herblinois !

L'universitaire nous a donc seulement expliqué qu'il est plus judicieux de s'occuper du sort de Mme B. que de celui de Yann Gouer. Chapeau, l'artiste !

Le Grand Paris a donc beaucoup à voir avec la centralisation économique et financière française, dont on comprend sans peine que les bénéficiaires ne sont pas enthousiastes à l'idée de remettre à plat un système politico-administratif qui garantit tout simplement la pérennité de leurs privilèges.

Les Bonnets rouges - de 1675 ou de 2013 - sont-ils - dans leurs analyses ou leur ressenti, même variés - si loin de  cette réalité ?

____________________

Les illustrations sont choisies dans l'esprit de l'exemple caricatural développé dans l'article. La photo du haut n'est pas très représentative de la traite laitière d'aujourd'hui, et tous les Neuilléens n'ont pas un hôtel particulier analogue à celui de la photo du bas (publicité immobilière Sotheby/ParisOuest). Mais la tendance est là...

Tag(s) : #Centralisation

Partager cet article

Repost 0