Le Dr André Bernou est mort en 1982 à 93 ans. Il était donc né en 1889, et cet article n'est dû à aucun anniversaire, mais au hasard de mes voyages sur Internet. Au hasard et - tout de même - au fait que j'ai été l'un de ses patients en 1957, alors que j'étais interne en quatrième à La Joliverie. Il exerçait encore à Châteaubriant en médecine antituberculeuse, toujours internationalement reconnu, mais les traitements chirurgicaux qu'il avait mis au point et ont sauvé des centaines de vie, n'avaient plus guère cours depuis la découverte des antibiotiques et la généralisation de leur utilisation.
J'avais développé une primo-infection tuberculeuse à la fin de l'hiver 1956-1957, avec une vingtaine de camarades de ma promotion. Mais une erreur de diagnostinc m'avait seul fait soigner pour ...une typhoïde, ce qui a provoqué l'interruption de ma scolarité pendant un an au lieu des quelques semaines normalement suffisantes. Et c'est le Dr Félix Monville1, médecin de famille pour les affections sérieuses, qui, indigné de l'erreur, avait rectifié le tir et conseillé à mes parents de faire suivre ma longue convalescence par le Dr Bernou à Châteaubriant.
J'avais donc pris le car Drouin2 avec ma mère pour Châteaubriant, avec changement à Savenay. Et nous avons été reçus par le célèbre médecin, un peu plus âgé que sur la photo, d'une grande gentillesse, donnant des explications simples et claires, inquiet des risques de reprise des épidémies de cette maladie qui ne faisait plus aussi peur que même dix ans auparavant3.
Prise à un stade encore assez précoce, la maladie avait été soignée aux antibiotiques. Trois visites de contrôle et quelques mois plus tard, j'étais définitivement tiré d'affaires.
Les interventions chirurgicales mises au point ou perfectionnées par André Bernou sauvaient, antérieurement aux antibiotiques, environ trois malades sur quatre, ...quand ils étaient traités par lui ! Il fallait intervenir dans la cage thoracique délicatement sciée (!) pour pratiquer les manipulations utiles (injections, insuflations, décollement des plèvres, etc) et le savoir-faire de l'inventeur des procédés comptait pour beaucoup dans le succès de ces techniques, qui n'était acquis qu'après plusieurs mois.
Les patients venaient de la France entière et de l'étranger se faire soigner à la clinique des Fougeraies : des artistes, des personnages politiques, des membres de familles royales ou impériales d'Europe ont eu recours à ses connaissances et à son savoir faire, comme des familles modestes comme la mienne.
Il m'a paru légitime de faire mieux connaître ce grand spécialiste castelbriantais, assisté notamment par les docteurs Jean Tricoire (avec lequel il a signé plusieurs ouvrages) et Lucienne Marécaux
Illustration du bas : buste d'André Bernou par Jean Fréour.
Documentation de référence : site chateaubriant.org (cliquer sur le lien souligné ci-avant ou en début d'article).
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(1) - Médecin d'origine martiniquaise, engagé dans la Résistance, qui sera maire du Pouliguen de 1971 à 1983.
(2) - Compagnie privée de transports de personnes et de marchandises, la compagnie nantaise Drouin jouait à l'époque un rôle comparable à celui des cars publics Lila d'aujourd'hui, avec des compagnies de moindre envergure localement (cars Citroën). Elle assurait quotidiennement de nombreuses liaisons intra-départementales et des liaisons vers Rennes et Vannes notamment, ainsi que des transports scolaires.
(3) - André Bernou lui-même, devenu tuberculeux pendant ses études de médecine en pratiquant une autopsie, a connu plusieurs rechutes de la maladie jusqu'à l'âge de 50 ans.
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