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Grégoire - Anéantir les patois-1 copieLe 16 prairial de l'an II "de la République une et indivisible" (4 juin 1794, sauf erreur), l'Abbé Grégoire présentait à la Convention son rapport sur la nécessité et les moyens d'anéantir les patois et d'universaliser l'usage de la langue française.

C'est une oeuvre dont on a tort de négliger la diffusion et l'enseignement (critique), tant il illustre les montagnes de préjugés (?) qui se dressent entre le nationalisme jacobin et un traitement simplement normal du plurilinguisme dans un pays civilisé, et nourrissent encore aujourd'hui - en France - des discours ou propos hostiles à l'enseignement et à la pratique des langues régionales.

Préjugés ? L'abbé Grégoire manie excellement la langue française, et sait camoufler habilement les faiblesses de son raisonnement. A la page 37 de son rapport, il évoque un royaliste déclarant "Il y a dans notre langue une hiérarchie de styles, parce que les mots y sont classés comme les sujets dans une monarchie" . Et il en conclut qu' "en appliquant l'inégalité des styles à celle des conditions, on peut tirer des conséquences qui prouvent l'importance de (son) projet dans une démocratie". Ne voit-il pas que c'est précisément l'inégalité des conditions qui crée une hiérarchie dans la façons de s'exprimer, au sein d'une population monolingue comme au sein d'une population plurilingue. Grégoire - Anéantir page 1Et que c'est en assimilant une langue à une condition (il parle quelque part des femmes de ménage) qu'on pèche contre la raison ?

Il occulte tranquillement la possibilité de faire coexister des langues locales avec une langue commune, et n'hésite pas à citer à deux reprises la Suisse en modèle de vertu démocratique, en oubliant apparemment que la coexistence de quatre langues en est une dimension importante, locale certes, mais dont la valeur universelle vaut bien celle de du modèle jacobin.

Mais je ne donnerai pas le coup de grâce à Henri Grégoire, ni ne demanderai qu'on débaptise la rue à laquelle notre commune a donné son nom. Il a pris des positions courageuses contre la peine de mort, contre l'esclavage, pour la normalisation du statut des Juifs, pour un enseignement de qualité, etc.

Je n'en suis que plus surpris de ce dérapage nationaliste sur les langues, qu'on pourra lire intégralement en cliquant sur l'une des deux illustrations de cet article. 

 

Tag(s) : #Discriminations

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